Quelle moisissure est dangereuse pour la santé ? Il n’existe pas de « bonne » moisissure dans un logement, et la couleur ne dit pas grand-chose : ce qui rend une moisissure préoccupante, c’est la surface qu’elle couvre, le temps qu’on passe à côté et les personnes qui la respirent. L’Anses reconnaît des effets avérés sur la respiration (asthme, rhinite allergique), surtout chez les enfants et les personnes fragiles. Une petite tache se nettoie soi-même ; une grande surface ou une moisissure due à des eaux usées relève d’un professionnel.

Une moisissure peut-elle rendre malade ?

Oui, et ce n’est pas une rumeur. En 2016, l’Anses a rendu une expertise à la demande des ministères de la Santé et de l’Environnement. Elle confirme des effets avérés sur la santé respiratoire : les moisissures favorisent l’apparition et l’aggravation de l’asthme, et provoquent des rhinites allergiques. Quand elles se développent beaucoup, elles libèrent dans l’air des spores qu’on respire, et certaines produisent des mycotoxines.

Le sujet n’a rien de marginal : selon la même expertise, 14 à 20 % des logements en France présentent des moisissures visibles.

Quelle moisissure est dangereuse ? La mauvaise question

Les forums aiment classer les moisissures par couleur, la noire étant forcément la pire. Les autorités sanitaires ne raisonnent pas ainsi. Les ARS décrivent simplement des taches vertes ou noirâtres sur les murs, les sols ou les plafonds, et l’Anses ne pointe aucune espèce en particulier : les espèces présentes varient d’une région à l’autre, selon le climat. Les ARS précisent aussi qu’une analyse de l’air ou des surfaces n’est généralement pas nécessaire.

Trois questions servent davantage que le nom du champignon :

  • Quelle surface est touchée ? Quelques taches au coin d’une fenêtre n’ont rien à voir avec un pan de mur entier ou un placard envahi.
  • Depuis combien de temps, et dans quelle pièce ? Une chambre où l’on dort huit heures par nuit compte plus qu’un cellier.
  • Qui vit là ? C’est le critère le plus important.

Les personnes les plus exposées

L’Anses identifie plusieurs groupes plus sensibles :

  • les enfants, dès la naissance ;
  • les enfants et adultes asthmatiques ;
  • les personnes allergiques (atopiques) ou hypersensibles ;
  • les personnes immunodéprimées ou atteintes d’une maladie respiratoire chronique ;
  • les foyers en précarité énergétique ou dans un logement suroccupé, plus souvent exposés.

Pour ces personnes, une moisissure même modeste dans la chambre mérite d’être traitée sans attendre, avec sa cause. Pour les affaires de bébé touchées (poussette, siège auto, jouets), la méthode est dans poussette moisie, siège auto, jouet : comment nettoyer.

Moisissure qui apparaît sur les murs : d’où vient-elle ?

Une moisissure ne pousse que là où il y a de l’eau. Les ARS citent les infiltrations par le toit, les fenêtres ou les fondations, les fuites de plomberie, une ventilation insuffisante, le manque d’aération pendant les activités qui produisent de la vapeur, une isolation mal conçue.

Le cas le plus courant dans une maison chauffée : la condensation sur un mur froid, souvent un mur donnant sur l’extérieur, derrière une armoire ou dans un angle. L’air chargé de vapeur s’y refroidit, l’eau se dépose, la moisissure suit. Le mécanisme et les remèdes sont détaillés dans notre article sur l’humidité de la maison en hiver.

Les ARS conseillent de ne pas coller de meuble contre un mur froid ou de laisser 3 cm entre le meuble et le mur, de chauffer suffisamment pour éviter les zones froides, et de nettoyer tout dégât des eaux dans les 48 heures.

Moisissure de salle de bain : le cas le plus fréquent

Joints de douche, plafond au-dessus de la baignoire, coin derrière le rideau : la salle de bain cumule vapeur et surfaces froides. Les gestes recommandés par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes sont simples : extracteur en marche ou fenêtre ouverte pendant la douche et quelques minutes après, douches plus courtes, parois et joints essuyés, rideau étendu pour sécher. Pour les joints déjà noircis, la méthode est dans joints de douche noircis : les ravoir sans eau de Javel.

Nettoyer soi-même ou appeler un professionnel ?

Les ARS conseillent de faire appel à un professionnel dans deux cas : quand la moisissure vient d’eaux usées (risque infectieux, après un refoulement d’égout par exemple) et quand la surface contaminée est trop étendue. Elles ne donnent pas de seuil chiffré. Pour une personne fragile, ou si le mur est taché sur plus de surface que tu ne peux en traiter en une fois sans t’exposer longtemps, c’est le moment de demander de l’aide.

Pour une petite surface, voici la méthode des ARS :

  1. Protège-toi : vêtements couvrants à laver ensuite, gants de ménage, et si possible lunettes et masque.
  2. Isole la pièce : seule la personne qui nettoie y reste, fenêtres grandes ouvertes. Sors les meubles et objets, ou couvre-les d’un plastique.
  3. Nettoie avec des lingettes microfibre humidifiées d’un détergent ménager à base de savon, en allant de la zone la plus propre vers la plus sale.
  4. Rince à l’eau avec un linge propre, puis sèche.
  5. Jette les lingettes et éléments jetables dans un sac poubelle fermé.

La désinfection à l’eau de Javel est rarement nécessaire, selon les ARS. Si tu en utilises, c’est après le nettoyage, diluée dans de l’eau froide, sans jamais la mélanger à un autre produit ; l’ARS Nouvelle-Aquitaine conseille de l’éviter si quelqu’un est asthmatique dans le logement, et d’arrêter au moindre symptôme respiratoire. Les associations à proscrire sont listées dans les mélanges de produits d’entretien à ne jamais faire.

Éviter qu’elle revienne

Nettoyer sans traiter l’humidité, c’est recommencer quelques semaines plus tard. Les ARS insistent sur l’aération : ouvrir grand les fenêtres de chaque pièce au moins 10 minutes par jour, été comme hiver, plusieurs fois par jour si possible, et ne jamais boucher les entrées d’air ni les bouches d’extraction. Hotte en marche pendant la cuisson, casseroles couvertes, pas de linge humide laissé dans la machine ou le panier.

Si une pièce reste humide malgré tout (sous-sol, chambre en rez-de-chaussée, logement qui sèche du linge à l’intérieur), un déshumidificateur adapté à la pièce aide à tenir le taux d’humidité, à condition de traiter aussi la cause quand c’est une fuite ou une infiltration.

Santé : cet article donne des repères généraux et ne remplace pas un avis médical. En cas de toux persistante, de gêne respiratoire ou d’asthme qui s’aggrave chez un occupant du logement, consulte un médecin. Pour une moisissure étendue ou liée à des eaux usées, fais appel à un professionnel. Locataire, signale le problème à ton propriétaire.